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Interview de Jacques Mossière, à l'occasion de son départ en retraite

Publié le 14 mars 2011
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Jeudi 10 mars, l'Ensimag a fêté le départ de Jacques Mossière, par deux fois Directeur de l'école et aujourd'hui Professeur Emérite, au cours d'une cérémonie pleine d'émotion et d'amitié. A l'occasion de ce départ "officiel" à la retraite, nous lui avons posé quelques questions.

Quels sont vos meilleurs souvenirs de Directeur ? et les plus difficiles ?
Les meilleurs  souvenirs, ce sont les anciens étudiants que l'on retrouve, qui ont des fonctions de responsabilité et qui se souviennent de la formation qu'ils ont reçue. L'ouverture de la formation en alternance à l'Ensimag fut aussi un grand moment. Les plus difficiles concernent la gestion des personnels : un directeur d'école a finalement très peu de poids sur le recrutement et la carrière des personnels BIATOS, ce qui peut rendre difficile la gestion des conflits.



< Jacques Mossière et Brigitte Plateau lors de la Cérémonie du 10 mars.






Vous avez dirigé l'Ensimag à 2 reprises, quelles différences entre votre mandat de 88-93 et celui de 2008-2010 ?
L'école de 88 était beaucoup plus simple que celle de 2008 par ses effectifs (120 élèves par promotion) et ses options. Après une première année monolithique, la seconde année était divisée en trois sections au premier semestre, puis quatre au second. En troisième année les élèves avaient un choix assez large de possibilités orientées soit vers l'ingénierie, soit vers la recherche. Les outils informatiques de gestion étaient inexistants ou rudimentaires.

L'école de 2008 était en fin de compte une nouvelle école avec une maquette pédagogique complètement renouvelée et il a fallu la mettre en place année par année. La différence fondamentale est la généralisation des outils informatiques et tout particulièrement du courrier électronique qui n'a pas simplifié le travail bien au contraire. En 88, quand un collègue avait une idée, un problème ou une question, il réfléchissait toujours un minimum avant de monter à l'étage de la direction en discuter. Maintenant un message part immédiatement avec une foule de destinataires qui répondent dans la foulée. D'où une avalanche de courriers qu'il faut traiter en  essayant de distinguer l'urgent, l'essentiel et l'accessoire.

Vous avez commencé à enseigner en 1972, comment les étudiants recrutés à l'Ensimag ont-ils évolué ?
Le niveau académique des recrutés, à l'intérieur d'une classe d'âge, n'a pas fondamentalement changé.  La formation  secondaire de nos étudiants a cependant profondément évolué. La sélection des élites par les mathématiques s'est renforcée et nos étudiants ont perdu en capacité d'expression orale et surtout écrite. Les élèves ont souvent tendance à négliger la réflexion théorique et le travail de leurs cours. En revanche, lorsque les TP et projets sont motivants, ils s'y donnent à fond et dépassent souvent les objectifs assignés par leurs enseignants. Un autre grand  changement a modifié l'ambiance : le brassage culturel, via le recrutement de beaucoup d'étrangers et les échanges internationaux

On parle beaucoup aujourd'hui de la génération Y, est-ce qu'enseigner l'informatique à des "digital natives" est différent ?
Pas du tout : est ce que l'utilisation quotidienne de l'automobile a changé la façon d'enseigner la thermodynamique ?  Cependant, la quasi-totalité des étudiants disposent d'un ordinateur personnel. En plus du jeu et du web, certains l'utilisent aussi dès l'adolescence pour découvrir les fondamentaux de l'informatique.

Quelle est votre plus grande satisfaction d'enseignant-chercheur ?
Il y a beaucoup de satisfactions et c'est difficile d'en sélectionner une seule. Je crois que pour un chercheur, sa première publication acceptée est une grande date, comme la première thèse qu'il a dirigée. De même, les premiers cours sont inoubliables : pour moi, c'étaient les TD d'algorithmique et programmation en première année Ensimag en 1972-73. Et enfin, j'ai eu l'opportunité de concevoir globalement la formation en alternance ouverte à la rentrée 2009.

Quels  voeux formulez-vous pour les 50 prochaines années de l'Ensimag ?
Les cinquante dernières années ont installé l'informatique partout. Toutes les connaissances disponibles sont maintenant en ligne, ou le seront dans un délai très proche. Paradoxalement, notre façon d'enseigner a peu changé : le professeur dispose du savoir et vient le mettre à disposition dans ses cours magistraux (ou son polycopié). Des séances d'exercices permettent d'approfondir et des TP et projets permettent la mise en pratique et l'apprentissage des technologies modernes. Il nous reste à nous adapter à un schéma où la connaissance est en ligne et où il faut apprendre à la récupérer de façon critique, puis à l'utiliser. La pédagogie par projets est une bonne façon d'aborder ces questions. J'espère qu'il ne faudra pas cinquante ans pour faire ce virage !


Quels sont vos projets personnels ou professionnels pour votre retraite ?
En premier lieu, je vais pouvoir consacrer plus de temps à ma famille, à mes petits enfants et à mes proches. Tant que la santé reste au rendez vous, je vais continuer la pratique des sports de montagne, ski et alpinisme, avec des objectifs plus ludiques et contemplatifs que sportifs. J'ai aussi repris le vélo que j'avais laissé de côté depuis plus de trente ans.

En informatique, je suis le tuteur d'un de nos apprentis de la première promotion et je compte bien l'amener à son diplôme en 2012. Je représente encore Grenoble INP et l'Ensimag à l'association Pasc@line. Je suis administrateur de l'association Aconit (Association pour un un conservatoire national de l'informatique et de la télématique). Cette association a collecté depuis 25 ans un ensemble de matériels impressionnant. J'espère pouvoir contribuer à sa mise à disposition pour le grand public, probablement sous forme virtuelle.

Et enfin, les sports de montagne m'ont conduit à réfléchir à notre environnement et je consacre beaucoup de temps à la géologie qui me passionne depuis quelques années ; après quelques tentatives d'études en autodidacte, je me suis inscrit à un cycle de formation en quatre ans et j'ai redécouvert que la présence d'un prof était utile ! La botanique me tente aussi, fleurs de montagne obligent. Et il reste encore la littérature, la photo, etc.  En bref, et pour l'instant, je me demande comment j'ai pu exercer un emploi !




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mise à jour le 1 mars 2012

Grenoble INP Institut d'ingénierie Univ. Grenoble Alpes